NAO : pourquoi l’intérim reste le maillon faible de l’équité salariale ?

La rentrée marque traditionnellement le début des préparatifs pour les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO). Dans les services RH et les directions financières, on commence à compiler les données, à élaborer des scénarios budgétaires et à préparer les arguments qui seront présentés aux partenaires sociaux. Un rituel bien rodé, mais qui comporte un angle mort persistant : l’application des mesures NAO aux intérimaires. 

NAO : l’égalité de traitement pour les intérimaires, mission (quasi) impossible ? 

Nos NAO sont signées, avec une augmentation générale de 2,5% et une prime d’ancienneté revalorisée. Mission accomplie ! » En êtes-vous sur.e ? Qui s’assurera que vos 885 intérimaires bénéficient correctement de ces mesures, conformément à la loi ? Qui va communiquer vos spécificités de primes d’équipe à vos 12 agences d’intérim ?  

Bienvenue dans la zone d’ombre des Négociations Annuelles Obligatoires : l’application aux intérimaires. 

Le grand paradoxe : une obligation légale que personne ne sait appliquer 

Le principe est pourtant simple et inscrit noir sur blanc dans le Code du travail : « à travail égal, salaire égal ». Comme le confirme le site officiel du Code du travail, « la rémunération d’un intérimaire ne peut être inférieure à celle d’un salarié de même qualification chez l’utilisateur, après période d’essai ». Mais la réalité terrain est tout autre. Comment vos agences d’intérim pourraient-elles connaître : 

  • Vos nouvelles grilles salariales par classification 
  • Vos primes spécifiques par service ou équipe 
  • Vos majorations particulières pour certains horaires 
  • Vos avantages en nature négociés lors des NAO 

Sans parler des subtilités propres à chaque site, chaque convention collective, ou chaque accord d’entreprise. La vérité ? Vos agences d’intérim ne peuvent pas maîtriser toutes ces spécificités, et pourtant, elles sont légalement tenues de les appliquer. 

Le cas Logitrans : quand l’application des NAO devient un cauchemar administratif

Prenons l’exemple de Logitrans (nom modifié), entreprise de transport et logistique de 600 salariés permanents et 90 ETP (Équivalents Temps Plein) en intérim. Leurs NAO 2025 ont abouti à : 

  • Une augmentation générale de 2,8% (conforme à la médiane nationale selon l’étude LHH qui a sondé 180 entreprises représentant 1,2 million de salariés) 
  • Une revalorisation des primes d’équipe de 15€ à 18€ par jour 
  • Une nouvelle prime de performance trimestrielle basée sur des indicateurs de qualité 
  • Six mois après la signature, un audit interne a révélé que : 
    • Seulement 40% des intérimaires avaient correctement bénéficié de l’augmentation générale
    • La revalorisation des primes d’équipe n’avait été appliquée que dans 2 agences sur 8
    • Aucun intérimaire n’avait reçu la prime de performance, faute de procédure claire 

Résultat : des rattrapages de salaire complexes, des relations tendues avec les agences, et une démotivation des intérimaires qui se sentaient traités injustement et on ne vous parle pas de la non-conformité réglementaire. 

Les obstacles pratiques à l’application des NAO aux intérimaires 

  • Obstacle n°1 : La complexité des accords NAO modernes 

Les NAO ne se limitent plus à de simples augmentations générales. Selon l’enquête annuelle sur les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) 2024-2025 de Mercer, 67% des entreprises enrichissent désormais leurs NAO avec des éléments extra-salariaux. Comment transmettre efficacement ces subtilités à vos agences d’intérim ? 

  • Obstacle n°2 : La multiplicité des interlocuteurs 

Avec en moyenne 6 à 10 agences d’intérim par entreprise, la communication des mesures NAO devient un exercice de coordination complexe. Chaque agence a ses propres process, ses propres interlocuteurs, et ses propres contraintes. 

  • Obstacle n°3 : L’absence de process dédié 

Les modifications de rémunération issues des NAO doivent être communiquées rapidement aux agences d’emploi pour être appliquées aux contrats futurs. Mais dans la pratique, qui est responsable de cette transmission ? Les RH ? Les achats ? Les managers opérationnels ? Cette zone grise organisationnelle est la source de nombreux dysfonctionnements. 

Le coût caché de la non-application des NAO aux intérimaires

Les chiffres sont éloquents : selon nos confrères de Tribay, « en 2025, le coût horaire moyen d’un intérimaire peut varier entre 1,8 (rare) et 2,2 fois le salaire horaire brut ». Dans certains secteurs comme l’industrie ou la logistique, ce pourcentage grimpe jusqu’à 10%. 

  • La non-application correcte des NAO aux intérimaires génère : 
  • Des risques juridiques (sanctions pénales pour non-respect du principe d’égalité) 
  • Des coûts administratifs liés aux rattrapages et corrections 
  • Une dégradation de l’image employeur (57,4% des recrutements sont jugés « difficiles » selon MakeMyCv 2025
Discussion entre deux personnes en pleine négociations annuelles obligatoires

Trois stratégies gagnantes pour intégrer l’intérim dans vos NAO 2026 

  • Stratégie n°1 : Adopter une vision de « masse salariale globale » 

Abandonnez la distinction artificielle entre masse salariale permanente et budget intérim. Adoptez une approche de « masse salariale globale » qui intègre tous les coûts de main-d’œuvre, quelle que soit la forme contractuelle. 

Cette vision permet de : 

  • Piloter plus finement vos coûts RH
  • Arbitrer de façon éclairée entre différentes formes d’emploi
  • Garantir une équité de traitement réelle entre tous vos collaborateurs
  • Stratégie n°2 : Digitaliser la gestion de l’impact des NAO sur l’intérim 

La mise à jour manuelle des contrats et factures d’intérim suite aux NAO est un casse-tête administratif et une source d’erreurs coûteuses. L’automatisation de l’application des NAO peut faciliter leur mise en œuvre et garantir que tous les salariés, y compris les intérimaires, bénéficient des mesures négociées. 

La digitalisation permet de : 

  • Appliquer instantanément les nouvelles grilles salariales 
  • Éliminer les erreurs de facturation (dans certains cas, la surfacturation peut atteindre près de 6% d’après nos équipes) 
  • Générer des économies significatives tout en respectant vos obligations légales 
  • Stratégie n°3 : Faire de l’équité un pilier de votre marque employeur 

L’égalité de traitement entre permanents et intérimaires n’est pas qu’une obligation légale, c’est aussi un levier d’attractivité et de fidélisation. Dans un contexte où les recrutements sont jugés « difficiles », la réputation de votre entreprise auprès des intérimaires est un actif stratégique. 

Cette approche permet de : 

  • Attirer les meilleurs profils, même en intérim 
  • Réduire le turnover et les coûts associés 
  • Améliorer la performance opérationnelle de vos équipes mixtes 

À l’heure où vous préparez vos NAO 2026, posez-vous ces questions essentielles : 

  • Connaissez-vous précisément la part de l’intérim dans votre masse salariale globale ? 
  • Avez-vous mis en place un processus systématique d’application des NAO à vos intérimaires ? 
  • Votre système d’information RH vous permet-il de simuler l’impact global de vos scénarios NAO ? 
  • Êtes-vous prêts pour la transparence salariale imposée par la directive européenne 2023/970 ? 

Les NAO ne doivent plus être pensées en silo, déconnectées de votre stratégie de recours à l’intérim.  

DirectSkills accompagne les entreprises dans l’optimisation de leur gestion de l’intérim, en garantissant l’application conforme des accords NAO et en générant en moyenne 3% d’économies sur leur budget global.

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